Mon histoire…

« Quand certaines choses vont de travers, prends un moment pour être reconnaissant de tout ce qui va encore bien »


Je me réveille encore ce matin avec un sentiment d’épuisement.  La dépression est toujours aussi vive en moi et ne me quitte pas.  Une autre journée, une autre torture. En luttant contre une envie de retourner me coucher, je m’extirpe du lit et me rend à la salle de bain.  Dans le miroir, je vois une femme triste, en colère, une image dont je redoute chaque jour. 

Nous sommes en 2016 et je quitte mon emploi la tête haute.  Mon employeur a décidé de me transférer avec mon équipe vers Montréal, mais je n’ai pas accepté cette offre.  Je me retrouve donc au chômage et sans emploi.  Je donc décide de prendre du temps pour moi et de réfléchir à ce que je veux vraiment faire de ma vie. À cette époque, j’étais bien différente de celle que je suis devenue aujourd’hui. J’avais un mal de vivre intense, depuis toujours mais je l’ignorais.  Durant cette année de « supposée réfléchir sur ma vie » je me suis plutôt voilée la face derrière la lecture de 200 romans, histoires d’amour, policier, fantastique, … Bref tout pour me faire évader de mon quotidien et vivre à travers le vécu d’histoire à l’eau de rose qui finit toujours bien.  

Nous sommes en 2017 et je continue d’avoir mal, d’avoir peur mais encore une je refuse de le voir.  Je remue des pensées négatives et je vis des émotions douloureuses.  Les événements banals de tous les jours me paralysent la plupart du temps. Je suis totalement subjuguée par mes émotions.  Je décide donc de lire des livres sur le développement personnel et surtout sur comment apprendre à gérer mes émotions.  Mais je n’y arrive pas trop, c’est compliqué.  Je dois me concentrer longtemps sur chaque mot pour en comprendre le contenu.  Me concentrer m’est difficile et je remarque que j’ai de plus en plus de perte de mémoire. 

Mais je ne pleure pas

En chemin vers la bibliothèque de la ville, j’essaie d’ignorer mon mal-être. À ma gauche, une ambulance passe à toute vitesse dans la rue, dans un bruit assourdissant de sirène.  J’ai le coeur gros et je me demande bien qui peut être transporté vers l’hôpital si tôt le matin. Je repense alors à mon fils.  Lorsqu’il a été très malade il y a de cela 13 ans.  Il n’avait que 9 mois, mais il aura bientôt 14 ans avec tout son grand corps d’ado et ses séquelles, souvenirs de ce triste épisode de sa vie. Je tente de penser à autres choses, il ne faut surtout pas que j’arrive à la bibli les yeux pleins de larmes.  Mais je ne pleure pas.  J’ai si mal pourtant et je ne verse pas de larme.  Jamais.  Je ne pleure plus et je ne ris plus.  Cette évidence me frappe de plein fouet. 

Dure réalité

C’est à l’automne 2017 que je débute un nouveau travail. La préparation de la période des fêtes pour un vendeur dans une boutique, est le plus gros événement de l’année. J’y travaille pendant 2 mois seulement.  Il me fait comprendre que je ne suis pas à ma place.  Pourtant, c’est facile de vendre, de parler aux clients, …. Je l’ai fait à plusieurs reprises durant mes études mais cette fois-ci je ne connecte pas et je prends ça dur, très dur de ne pas réussir dans un travail aussi facile.  Je suis en colère et ça amplifie de jour en jour, je bois de l’alcool plus qu’à l’habitude.  C’est un matin, je me lève très amochée de la vieille où tout à dérapé avec mon mari.  J’ai mal partout, aux bras, au dos et j’ai de la difficulté à respirer.  Je ne me souviens pas ce qui s’est passé et je questionne ce dernier.  Il me raconte que je me suis jetée sur lui avec poings et coups de pieds, des cris d’envies de meurtre qui ne finissaient plus; je perdais la tête.  Il a dû me maîtriser pour se protéger et me protéger par le fait même.  Ce sentiment de colère permanent s’est manifesté sans raison apparente, subitement lorsque notre bébé dormait et que j’étais seule avec lui.  Mon mari et moi, par un certain soir de décembre 2017, avions touché le fond.  Et ça été ainsi tout l’année d’après.  À la maison, plus rien n’allait. Ma colère était bien présente en moi et me dévorait. 

Tout dérape

C’est à travers mes émotions intenses que je me sens vivre, je m’assure la survivance de divers moyens artificiels, la plupart destructeurs, qui me permet de masquer temporairement les causes et les symptômes de ma déchéance. C’est malsain pour moi et ma famille mais je ne cherche pas à comprendre que mon mal-être résulte d’une série de besoins non comblés.  J’accepte de travailler dans un bureau, occuper un poste administratif, un travail que j’ai fais jusque là toute ma petite vie.  L’été 2018 passe et je tente d’aller mieux avec des suppléments naturels qui me font moins stresser, me rendent moins anxieuse et me font du bien.  Mais encore une fois, à la fin de l’été, plus rien ne va.  Je me rends compte que je suis toujours triste, que je ne pleure pas et suis toujours en colère.  Je n’arrive plus à me supporter, je doute que les autres y arrive. J’identifie les raisons de mon mal-être sur un papier et les choses que je dois changer dans ma vie et ainsi essayer de trouver des pistes pour aller mieux.  Ce sont des tensions dans mon couple que j’écris; des problèmes avec ma famille pas parfaite; le travail que je n’aurais pas dû accepter avec ses journées longues et monotones de 8 à 5; des problèmes financiers;  …  Je ne devrais pas me sentir ainsi mais c’est plus fort que moi et suis rongée par la honte et la culpabilité.  Je devrais plutôt déterminer des pistes pour enfin aller mieux, mais je n’y arrive pas. Mes problèmes de concentration et de perte de mémoire sont toujours bien présents, agitation et insomnie, perte d’appétit et perte de poids, fatigue, envie de rien, tristesse chronique, … Je subissais de plein fouet sans avoir les clefs pour combattre.  Comment faire pour aller mieux? Je perds pied sans même comprendre les raisons de ce qui me semble être de toute évidence une mauvaise passe. 

Recours à de l’aide professionnelle

Je me retrouve face à moi-même, à ma douleur masquée où j’ai mis en place des défenses pour faire obstacle à ma souffrance en me battant pour réussir ma vie. Paradoxalement, je me retrouve face à moi-même et l’effondrement arrive sans me demander la permission. J’ai sans doute voulu aller trop vite pour aller mieux, je me suis attardée trop sur mon histoire du passé et j’ai regardé l’avenir d’une façon négative. Mon enfant intérieur souffrait et n’était pas soigné. Je reste dans la douleur et je supprime du même coup tous les plaisirs de la vie. 

C’est en septembre que je me retrouve dans le bureau de mon médecin accompagnée de mon mari et à demander de disparaitre de la surface de la terre, à partir loin, à mourir.  Je n’en peux plus de cette vie de merde, je ne veux plus avancer ni me battre. C’est ainsi que je me retrouve avec des antidépresseurs, aide monumentale et indispensable pour soulager la souffrance selon mon médecin et une psychothérapie à suivre de toute urgence. Moi, avec des médicaments? Impossible.  Je ne prends même pas de tylenol pour un mal de tête, encore moins des antidépresseurs et des pilules pour dormir.  

La dépression touche de plus en plus de monde. Comment apprendre à la différencier des crises d’angoisses et autres troubles anxieux? Comment gérer cette maladie au quotidien? Comment faire pour, petit à petit, aller mieux?  C’est ainsi que je me retrouve 2 jours plus tard et je me revois encore dire à mon mari que j’ai vraiment peur des antidépresseurs, mais que j’ai encore plus peur de moi, là, présentement. Je veux vivre pour mes enfants, je ne veux plus qu’il me voit aussi malade et faible.

Joie de vivre qui revient

On ne m’a pas promis la béatitude, ni retrouver et récupérer toute l’énergie jusque là dépensé à lutter contre la dépression, mais après ma descente aux enfers pendant la saison la plus grise de l’année qu’est l’hiver, j’ai retrouvé la joie de vivre pour la mettre au service de projets nouveaux. Je retrouve la capacité d’accueillir toute la palette des émotions, joie et tristesse, larmes comprises. La dépression a été une opportunité pour guérir mes blessures du passé et faire le grand ménage dont j’avais besoin de faire de ma vie. 

J’ai repris mon journal d’écriture où j’ai noté les choses qui n’allaient pas dans ma vie et avec beaucoup de détermination et d’ardeur, je me suis prise en main afin de changer ce que je ne supportait plus et devenir ainsi une meilleure version de moi-même.  Je lis beaucoup de livres sur la croissance personnelle et c’est ainsi que j’ai pris la décision de quitter mon travail de bureau de 8 à 5 et de sauter dans le vide et de me consacrer à temps plein à ma nouvelle vie d’entrepreneur.  Je deviens donc plus forte même si je suis fragile.

Pour connaître le grand bonheur il faut parfois passer par la souffrance.  Et moi la souffrance mentale je l’ai connue.  J’ai le recul nécessaire pour conclure un premier bilan: beaucoup de travail sur moi-même et ME CHOISIR.  Il fallait que je réapprenne la vie, la joie et la confiance.  J’ai repris ma vie, tout doucement sans me brusquer. À mon rythme.  Je ne suis pas guérie mais je suis heureuse.

Il faut savoir se battre, ça en vaut toujours la peine !

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